Le mandat identitaire et la francophonie minoritaire
Objectif d’apprentissage
Comprendre ce qu’on entend par mandat identitaire dans le système scolaire franco-ontarien et comment l’école contribue à la construction de l’identité francophone en milieu minoritaire.
L’école de langue française comme moteur de construction identitaire pour la francophonie ontarienne
Dans le contexte de l’éducation en Ontario, l’école de langue française ne se contente pas de transmettre des savoirs ; elle joue un rôle essentiel dans le développement du sentiment d’appartenance et de l’identité culturelle des élèves. Le chapitre 2 du livre Système scolaire franco-ontarien : D’hier à aujourd’hui pour le plein potentiel des élèves (Gerin-Lajoie, 2018) examine comment les écoles francophones contribuent activement à façonner l’identité francophone des jeunes, en particulier dans un environnement minoritaire où la langue anglaise prédomine. Elle invite chaque élève à s’approprier, à sa façon, l’identité francophone, quelles que soient ses origines. En effet, depuis l’urbanisation croissante et l’évolution démographique des dernières décennies, les écoles de langue française accueillent une population de plus en plus diversifiée, tant sur le plan linguistique que culturel et ethnique. Nous exposons en quelques lignes les défis liés à l’identité francophone en contexte minoritaire, avant de présenter les leviers utilisés dans les écoles pour favoriser le développement d’une identité francophone.
Les défis de l’identité en milieu minoritaire
Les élèves des écoles de langue française en Ontario vivent dans une société majoritairement anglophone, où les pratiques sociales et culturelles influencent fortement leur rapport à la langue française et à la culture francophone. L’immigration et les mariages exogames ont également contribué à ce que l’anglais soit plus fréquemment utilisé à la maison et dans la société, ce qui représente un défi pour le développement d’une identité francophone solide. Ces réalités ont poussé le ministère de l’Éducation de l’Ontario à développer en 2004 la Politique d’aménagement linguistique, qui établit cinq axes d’intervention pour les écoles francophones : l’apprentissage, la construction identitaire, le leadership participatif, l’engagement communautaire et la vitalité institutionnelle.
La construction identitaire : un processus dynamique et inclusif
La Politique d’aménagement linguistique reconnaît que la construction identitaire est un processus dynamique, influencé par des contextes sociaux variés. Elle définit la construction identitaire comme une démarche par laquelle l’élève apprend à se définir et à s’affirmer en tant que francophone dans un cadre qui se veut inclusif et qui valorise les multiples identités linguistiques présentes dans la communauté scolaire. L’école cherche ainsi à inculquer aux jeunes un sentiment d’appartenance francophone, tout en acceptant que l’identité de chacun peut être hybride, mêlant parfois plusieurs langues et cultures. En milieu scolaire francophone, l’objectif n’est donc pas d’imposer une identité unique, mais plutôt de créer les conditions permettant aux élèves de s’approprier leur francophonie de façon personnelle et significative.
Le personnel enseignant au cœur de la construction identitaire.
Le rôle des enseignants est crucial pour accomplir cette mission de construction identitaire. Étant au contact quotidien des élèves, ils sont des piliers pour la promotion d’une francophonie vivante et inclusive. Les enseignants sont encouragés à stimuler un dialogue autour des enjeux de la francophonie, tant au niveau local que global, afin de sensibiliser les élèves à l’importance de leur héritage linguistique et culturel. Toutefois, les enseignants eux-mêmes font face à des défis importants. Plusieurs études ont montré qu’un grand nombre d’entre eux ne se sentent pas suffisamment préparés à répondre aux besoins spécifiques de l’enseignement en milieu minoritaire. La formation initiale des enseignants est donc un aspect sur lequel les institutions et les politiques publiques doivent se concentrer pour que le personnel soit mieux équipé pour accompagner les élèves dans leur construction identitaire.
L’école, un espace de fierté et de résilience francophone
L’école de langue française est donc plus qu’un lieu d’apprentissage : elle renforce le lien social et culturel des communautés francophones. Elle soutient les jeunes dans leur parcours identitaire, et leur permet de découvrir et d’affirmer leur place au sein de la francophonie canadienne. Cette démarche est particulièrement importante dans les écoles où la diversité culturelle s’accroît. En misant sur la valorisation de la francophonie et en accueillant les différences linguistiques et culturelles, les écoles francophones contribuent à former une communauté plus forte et résiliente.
En conclusion, les écoles de langue française en Ontario ont évolué pour répondre aux réalités d’une population francophone hétérogène, tout en tenant compte des défis que cela pose en matière de construction identitaire. Grâce à des politiques éducatives ciblées et à l’investissement des enseignants, elles continuent de jouer un rôle central dans la préservation et la promotion de la langue et de la culture francophones, ainsi que dans l’accompagnement des jeunes pour qu’ils puissent trouver leur propre place dans cet héritage.
Pour approfondir vos connaissances
Ce texte propose un résumé concis du chapitre 2 de l’ouvrage Système scolaire franco-ontarien : d’hier à aujourd’hui pour le plein potentiel des élèves. Pour explorer en détail la construction identitaire au sein des écoles de langue française de l’Ontario, nous vous recommandons de lire le chapitre dans son intégralité. Vous pouvez vous procurer l’ouvrage à l’adresse suivante : https://www.puq.ca/catalogue/livres/systeme-scolaire-franco-ontarien-3583.html.
Référence :
Gerin-Lajoie, D. (2018). L’école de langue française et son rôle dans le développement du rapport à l’identité. Dans C. IsaBelle (Dir.), Système scolaire franco-ontarien : D’hier à aujourd’hui pour le plein potentiel des élèves (pp. 41-57). Presses de l’Université du Québec.
Vidéo : c’est quoi être un franco-ontarien ?
https://www.youtube.com/watch?v=-0928tgt9mg
https://www.youtube.com/watch?v=NGFwf8kmOgs
Réflexion interactive – Journal personnel
Question ouverte :
Pensez à une école ou à un milieu éducatif que vous avez fréquenté.
- En quoi ce lieu soutenait-il votre identité linguistique ou culturelle ?
- Si vous aviez été dans une école de langue française minoritaire, qu’auriez-vous aimé y trouver pour soutenir votre sentiment d’appartenance ?
À compléter dans votre journal d’apprentissage. Vous pourrez relire vos réponses tout au long du parcours.
📊 Sondage
« Sur une échelle de 1 à 10, dans quelle mesure pensez-vous que l’école devrait jouer un rôle dans la construction de l’identité culturelle des élèves ? »
- 1 : Ce n’est pas son rôle
- 5 : Un peu, mais ce n’est pas prioritaire
- 10 : C’est essentiel à sa mission
Note : Résultats anonymes affichés en temps réel + comparaison avec d’autres répondants fictifs (enseignant, parent, élève, direction).
Exercice de transfert
Vous êtes enseignant.e dans une école secondaire francophone de Toronto.
La moitié de vos élèves sont issus de familles allophones ou mixtes.
Comment intégreriez-vous le mandat identitaire dans votre pratique quotidienne ?
🔹 Cochez les 2 actions les plus pertinentes pour vous :
- Introduire des capsules culturelles dans toutes les matières
- Créer un club de poésie franco-multiculturelle
- Envoyer tous les élèves à un concours d’orthographe
- Mettre en place une « journée des accents » pour valoriser la diversité du français
- Utiliser uniquement des références littéraires de France.
Réponses et rétroactions
Bonnes réponses :
- Introduire des capsules culturelles dans toutes les matières
Pourquoi c’est pertinent :
Cela permet de contextualiser la langue française dans des disciplines variées (sciences, géographie, mathématiques). Par exemple, en géographie, on peut explorer les francophonies du monde ; en mathématiques, on peut analyser des données démographiques sur les francophones.
Impact pédagogique :
Favorise une intégration transversale du mandat identitaire, et montre que la francophonie est vivante et interdisciplinaire.
- Mettre en place une « journée des accents » pour valoriser la diversité du français
Pourquoi c’est pertinent :
Cela valorise la diversité interne de la francophonie (français du Maghreb, créole, québécois, acadien, africain…), et montre que tous les accents ont leur place dans l’école francophone.
Impact pédagogique :
Crée un climat d’ouverture, lutte contre l’insécurité linguistique et soutient l’identité plurielle des élèves issus de l’immigration.
Moins pertinentes :
Envoyer tous les élèves à un concours d’orthographe
Pourquoi c’est limitatif :
Bien que les concours puissent stimuler la maîtrise de la langue, ils ne répondent ni à la diversité culturelle, ni au besoin de reconnaissance identitaire des élèves issus d’autres contextes. Cela risque même d’augmenter le stress ou l’exclusion linguistique.
Suggestion alternative : Offrir des activités créatives (slam, théâtre, podcast) où la langue devient un moyen d’expression, pas un objet d’évaluation uniquement.
Utiliser uniquement des références littéraires de France
Pourquoi c’est contre-productif :
Cela nie la pluralité de la francophonie mondiale et peut donner l’impression que la seule “bonne” culture française est celle de France. Les élèves ne s’y reconnaissent pas toujours.
Bon réflexe : Intégrer des voix littéraires variées (Canada, Afrique, Antilles, Europe…) qui reflètent les identités des élèves et de la francophonie réelle.
Créer un club de poésie franco-multiculturelle
Partiellement valide :
C’est une excellente idée, mais insuffisante à elle seule. Si elle n’est pas intégrée dans le quotidien scolaire, elle risque d’être perçue comme une activité « à part », sans lien avec l’ensemble du mandat identitaire.
Amélioration : Le club peut être le point d’entrée vers un projet de classe ou une exposition culturelle, pour toucher tous les élèves et renforcer le sentiment d’appartenance collective.